

Dans l’arène électrique du futsal, certains noms résonnent avec une aura particulière. Souheil Mouhoudine, le capitaine emblématique de l‘équipe de France et joueur de JIMBEE Cartagena, est de ceux-là. Son parcours, forgé par des valeurs familiales, une rigueur professionnelle, une soif de progression est une source d’inspiration pour tous les amoureux de ce sport. Plongeons au cœur d’une interview exclusive, où Souheil se livre avec authenticité sur son histoire, ses ambitions et sa vision du futsal.
UN ITINÉRAIRE SINGULIER, ENTRE LES VALEURS DU FOYER ET L’ÉCOLE DE LA RUE
JMM : Ton parcours est assez singulier, Souheil. Tu as grandi à la Courneuve, dans une famille nombreuse, et tu as commencé le football tardivement, avec une priorité donnée aux études. Comment tes racines, ton quartier et ton éducation ont-elles façonné l’homme et le joueur que tu es aujourd’hui ? Quelles sont les valeurs familiales et personnelles qui t’ont le plus influencé ?
SM : Mes racines à la Courneuve sont une part essentielle de mon identité. En premier lieu, ce sont les valeurs fondamentales que l’on retrouve dans toutes les familles unies : la solidarité, l’entraide, le partage sincère, la protection des siens. Mais il y a aussi cette culture qui t’apprend à te battre, à ne jamais rien lâcher… Le fait d’appartenir à une famille nombreuse a été une force incroyable. J’ai appris très tôt le sens du collectif, à partager, à faire des concessions. Cela m’a permis de m’intégrer facilement avec mes coéquipiers, car ce sont des valeurs que l’on partage naturellement sur le terrain.
DE FOOTBALLEUR À FUTSALLEUR : UNE ADAPTATION FULGURANTE ET UNE REDÉCOUVERTE DE SOI
JMM : Tu as opéré une transition audacieuse du football à 11 vers le futsal. Qu’est-ce qui t’a attiré dans cette discipline, avec ses spécificités techniques et tactiques si particulières ? Comment expliques-tu ton adaptation rapide, qui t’a permis de t’imposer comme l’un des meilleurs joueurs du monde ?
SM : C’est vrai que le passage du foot à 11 au futsal a été une étape importante de ma carrière. Au foot à 11, j’évoluais plutôt en milieu défensif, un rôle de sentinelle devant la défense, avec une mission de relance et de protection de mes coéquipiers. Cette couverture, cette vision du jeu, je les ai retrouvées au futsal, mais avec une intensité et une exigence technique encore plus fortes. J’ai commencé ailier, pour apporter ma vitesse et ma percussion, mais aujourd’hui, je joue meneur, un poste où je peux exprimer pleinement ma créativité et mon sens tactique. Je suis là pour organiser le jeu, couvrir mes coéquipiers, être à la relance du premier ballon, dicter le tempo.
L’ÉLOGE DE LA RIGUEUR, DE L’ENTRAÎNEMENT INVISIBLE ET DE LA CULTURE DU DÉTAIL
JMM : Tes entraîneurs te décrivent comme un joueur complet, un leader naturel, un modèle de professionnalisme. Comment abordes-tu cette recherche constante de la perfection au quotidien ? Quels sont les secrets de ta préparation ?
SM : Il faut garder la tête froide, rester humble et faire abstraction de ce qui se passe en dehors du terrain, des distractions, des critiques. Je travaille dur physiquement, avec des séances de musculation spécifiques, j’ajoute des séances individuelles pour améliorer mes points faibles, je suis toujours à fond sur les séances collectives. Mais il y a aussi tout ce que l’on ne voit pas, ce que l’on appelle l’entraînement invisible : l’alimentation, le sommeil, les soins, la récupération. Je fais des bains froids, même si mes coéquipiers n’aiment pas ça (rires). Ce sont des détails qui font la différence.
L’ÉPANOUISSEMENT DANS LE COLLECTIF : GARGES, ACCS, LAVAL, UN PARCOURS RICHE EN EXPÉRIENCES
JMM : Tu as connu beaucoup de succès dans différents clubs, en France et à l’étranger. Comment as-tu réussi à t’intégrer rapidement à chaque fois, et quelle est la qualité qui t’a permis de t’adapter et de t’élever à chaque nouveau défi ?
SM : Je pense que peu de gens savent que je suis un peu le couteau suisse d’une équipe. Je m’adapte aux besoins, aux manques de l’équipe. À Garges, j’étais plutôt ailier, pour apporter ma vitesse et ma capacité à éliminer. À ACCS, c’était un peu la même chose, avec un rôle plus polyvalent. À Laval, j’ai commencé à jouer meneur, un poste qui m’a révélé. J’ai beaucoup apprécié ce rôle de chef d’orchestre, de régulateur. Je me suis investi à fond, j’ai recherché comment aider mon équipe à être plus performante.
L’ÉPREUVE DE LA BLESSURE : UN REBOND EXEMPLAIRE, UNE LEÇON DE VIE
JMM : Tu as subi une blessure sérieuse en 2022. Comment as-tu surmonté cette épreuve et quelle leçon humaine tirez-vous de cette épreuve ?
SM : La blessure a été un moment très difficile, c’est vrai. Le soutien de la famille, de mes proches et de mes coéquipiers a été essentiel. J’ai gardé le moral, je me suis fixé des objectifs, je me suis accroché à l’idée de revenir plus fort. J’ai essayé de m’entretenir physiquement, même si ce n’était pas facile, avec des séances de rééducation spécifiques. Je devais maintenir ma condition physique pour revenir rapidement. J’ai repris un peu plus vite que prévu, en écoutant mon corps et en faisant confiance à mon instinct. Je savais pourquoi je le faisais, je savais que mes coéquipiers avaient besoin de moi.
CAPITAINE DES BLEUS : UN RÔLE DE LEADERSHIP, DE MENTOR ET D’INSPIRATION POUR LA NOUVELLE GÉNÉRATION

JMM : Tu es devenu le capitaine des Bleus en 2024, une consécration pour ton parcours et ton leadership. Comment qualifies-tu le nouvel ADN de l’équipe de France de futsal, qui a su se hisser parmi les meilleures nations mondiales ?
SM : C’est un honneur immense de porter le brassard de capitaine de l’équipe de France. On aurait pu être plusieurs à le porter avec des coéquipiers comme Abdessamad Mohamed, le meilleur buteur ou Sid Belhaj, l’un des plus capés. Le coach me fait confiance, il sait que je suis là pour montrer l’exemple, pour transmettre les valeurs de notre sport. Pour moi, ce brassard, c’est juste un bout de tissu. Sur le terrain, il y a plusieurs capitaines, des leaders naturels qui prennent la parole, qui encouragent, qui donnent le maximum. Je suis là pour représenter ce qui s’est passé auparavant, pour honorer ceux qui ont porté ce maillot avant moi. Je suis juste un homme de plus qui porte cette voix et qui essaie de transmettre aux jeunes générations ce que j’ai pu apprendre, mon expérience, ma passion.
JMM : L’équipe de France a l’ambition de prouver que son parcours en Coupe du Monde n’était pas un “coup de chance”. Quelles sont les ambitions de l’équipe de France pour les prochaines échéances ?
SM : On est une nation qui monte en puissance, qui progresse à chaque compétition. On sent que c’est solide, qu’il y a une vraie cohésion. Tu as raison : on a à cœur de prouver que ce n’est pas de la chance ! Il y a un gros travail qui est fait par Raphaël, Djamel et Thomas mais aussi tout le staff comme le préparateur physique Arnaud ou l’analyste vidéo, Kevin. On prend les matchs après les autres, avec humilité et détermination, pour ne pas se mettre de pression inutile. On a les armes pour aller plus loin, pour rivaliser avec les meilleures équipes du monde…d’Europe !
L’AVENTURE ESPAGNOLE : DÉCOUVERTE, TRANSMISSION ET DÉPASSEMENT DE SOI AU JIMBEE CARTAGENA

Jean-Michel Miquel : Tu évolues en Espagne, au JIMBEE Cartagena, un club champion d’Espagne en titre et ambitieux, qui te permet de te mesurer aux meilleurs joueurs du monde. Récemment, tu as vécu un Final Four, une expérience intense. Quel rôle as-tu joué dans la gestion de cet événement, tant sur le terrain qu’en dehors ?
SM : Avant de signer à Jimbee, je suivais un peu l’équipe, je connaissais leur potentiel. J’ai eu la chance de faire un déplacement ici pour les voir jouer contre le Barça, un match de très haut niveau. J’avais une idée précise de leur équipe, de leurs forces et de leurs faiblesses. Je savais qu’ils étaient champions et tête de série numéro 1, qu’ils avaient l’ambition de remporter le titre. En échangeant avec le coach, il m’a dit que si on finissait champions, il était important pour lui de me recruter, de m’intégrer à son projet. Avec mon expérience, mon vécu, j’ai pu aider mentalement à gérer la pression d’un Final Four de Champions League, à aborder les matchs importants avec sérénité et confiance.
LA TOUCHE ESPAGNOLE : UNE REGLE UNIQUE ET SES DEFIS
JMM : En Espagne, il y a une règle sur les touches qui est différente des autres championnats européens, où l’on peut la jouer aussi bien au pied qu’ à la main. Comment cette règle impacte le jeu ? Et comment toi et l’équipe vous êtes-vous adapté pour la Ligue des Champions, où cette règle n’existe pas ?
SM : Je ne te cache pas, pour moi, ça a été un peu difficile de refaire les touches à la main. J’ai dû me replonger dans mon passé.
C’est vrai que ça peut être une arme à la fois bénéfique pour l’attaque, mais aussi dangereuse pour la défense. Dans le sens où si tu es sur une zone défensive, ça te permet de jouer très rapidement. Généralement, le joueur se met devant le ballon, donc c’est embêtant pour jouer vite. Alors que là, tu as la possibilité de la lever avec la main, donc qu’il se mette devant ou non, ça ne change rien du tout.
Switcher pour la phase de Ligue des Champions a ajouté une difficulté supplémentaire et une adaptation. Ce qu’on faisait, c’est que la semaine de Ligue des Champions, on arrêtait complètement les touches à la main pour vraiment ne pas avoir ce réflexe-là de la faire.
Une anecdote en sélection nationale, j’ai failli faire une touche à la main. D’ailleurs, le coach Raphaël et Mamadou étaient morts de rire, et Mamadou aussi parce qu’il avait compris pourquoi je faisais ça (Mamadou Touré joue au FC Barcelone en Espagne). Mais le coach m’a repris et on se réadapte. C’était assez marrant.
VIE DE FAMILLE ET ÉQUILIBRE PROFESSIONNEL : UN DÉFI CONSTANT
JMM : Comment gères-tu l’équilibre entre ta vie professionnelle en Espagne, avec les exigences du haut niveau, et ta vie personnelle en France, où se trouvent ta famille et tes amis ?
SM : C’est un défi constant, c’est vrai. J’ai la chance d’avoir une femme extraordinaire, qui me soutient à 100% dans mes choix. J’ai eu la chance de me marier avec une femme qui comprend ma passion et qui me permettre de vivre mon rêve. Ma femme était encore dans ses études, elle préparait son master. Je pense que c’était le moment idéal d’aller voir ce qui se passe ailleurs, de me remettre en question.
L’AVENIR EN QUESTIONS : ENTRE FIDÉLITÉS ET NOUVELLES AVENTURES
JMM : Ton aventure à Cartagena est riche avec cette fin de saison incroyable. Ton avenir est-il toujours à Jimbee ? Quelles sont tes envies pour la suite de ta carrière ?
SM : À l’heure actuelle, je ne le sais toujours pas. Plusieurs clubs me sollicitent, ce qui est assez gratifiant d’avoir autant de propositions. J’ai eu la chance de finir champion dès ma première année à l’étranger et troisième buteur de l’équipe. Après les playoffs et ce titre de champion, nous nous sommes vus en interne avec le club. C’est top, ça veut dire qu’ils sont vraiment satisfaits de ma saison et de mes performances.
La fin de saison bouscule beaucoup de choses dans le mercato. Mon représentant est là pour m’aider à prendre la meilleure décision. Que ce soit en Espagne, à l’étranger ou un retour en France, je n’exclus rien du tout. Je verrai ce qui est le mieux pour moi en fonction du projet, de la stabilité et de tout ce qui peut être engendré pour moi et ma famille.
CONSEILS AUX JEUNES FUTSALLEURS : RIGUEUR, REMISE EN QUESTION, PASSION ET CROIRE EN SES RÊVES
JMM : Quels conseils donnerais-tu aux jeunes qui s’investissent corps et âme dans le futsal, qui rêvent de devenir professionnels ?
SM : Le plus important, c’est la rigueur, la discipline, le travail acharné. Il faut s’entraîner dur, écouter les conseils des entraîneurs, se remettre en question en permanence. L’échec n’est pas une fatalité, c’est une étape, une occasion de grandir, d’apprendre de ses erreurs. Il faut toujours se remettre en question, travailler ses points faibles, se fixer des objectifs ambitieux pour être le plus performant et aider l’équipe au maximum.
JMM : Existe-t-il un parcours type pour devenir professionnel dans le futsal ?
SM : Il n’y a pas de recette miracle, pas de chemin tracé. Il y a le Pôle France, qui offre une formation de qualité, mais les places sont limitées, la sélection est très difficile. Après, il y a le plan B : enchaîner les performances avec son club, se faire remarquer par les recruteurs, saisir les opportunités qui se présentent. Il n’y a pas vraiment de bon parcours, tout dépend de ton talent, de ton travail, de ta détermination. Il faut croire en ses chances, ne jamais baisser les bras.
JMM : Combien peut espérer gagner un joueur de futsal financièrement ?
SM : Cela va dépendre de ce que l’on peut apporter à l’équipe. Les jeunes doivent se poser ces questions : est-ce que je vais dans cette équipe pour apprendre ? Ou pour être un joueur clé ? La grille de salaire n’est pas la même. Un autre paramètre est la solidité et les moyens financiers du club. Donc compliqué de donner une fourchette.
QUESTIONS DÉCALÉES : PASSIONS CACHÉES, RÊVES ULTIMES ET HOMMAGE AUX RACINES
JMM : Tu portes le numéro 93 à Cartagena, un numéro emblématique. Est-ce un clin d’œil à tes racines, à ton département ?
SM : C’est un clin d’œil à la Courneuve, à mon quartier, à mon département, le 93. C’est une façon de montrer d’où je viens, de ne jamais oublier mes racines. C’est une façon de représenter ma ville, mes proches, tous ceux qui me soutiennent.
JMM : Ton plus grand rêve dans le futsal ?
SM : Gagner la Coupe du Monde avec l’équipe de France. Gagner l’Euro, soulever une ligue des champions : ça serait le Graal !
JMM : Ton meilleur souvenir de carrière jusqu’à présent ?
SM : C’est compliqué y en a beaucoup : la Coupe du Monde, les deux doublés avec Laval (Coupe et Championnat) : si je devais en citer qu’un, je dirais notre parcours à la coupe du monde !
JMM : Un but qui a une saveur particulière, qui te vient à l’esprit ? Celui peut-être au buzzer avec Jimbee ?


SM : C’est vrai que celui-ci était top : on sortait d’une mauvaise phase : on avait dû mal à prendre les 3 points. Mais celui d’hier a une saveur particulière (Journée 30 : Jimbee 6-2 Burela FS). Ma femme est enceinte de 8 mois, et elle est en France, à quelques semaines de l’accouchement. La dernière ligne droite, elle le fait avec sa mère. Je sais qu’à tout moment, je devrai peut-être arrêter les play-offs pour rentrer en France, pour être à ses côtés. Je dédie ce but à ma femme, à notre futur enfant.
JMM : Un talent caché en dehors du futsal, une passion inavouable ?
SM : (Rires) La danse ! On aime bien danser dans le vestiaire de l’équipe de France. Avec Nelson (Lutin), on se marre bien !
JMM : Un jour sans futsal, qu’est-ce que tu fais pour te ressourcer ?
SM : Je passe du temps avec ma famille surtout quand je rentre. Je fais un brunch, un repas de famille. Je coupe vraiment avec le futsal, je me vide la tête, je pense à autre chose. Je profite de ces moments précieux.
CONCLUSION :
JMM : Souheil, un immense merci pour ta disponibilité, ta sincérité et ton humilité. Nous te souhaitons le meilleur pour la suite de ta carrière, tant sur le terrain qu’en dehors, avec ton nouveau rôle de papa.
De cette interview ressort le portrait d’un athlète accompli, mais surtout d’un homme humble et déterminé. Le parcours de Souheil Mouhoudine, marqué par le travail, la résilience et un profond respect des valeurs humaines et familiales, est une source d’inspiration pour les jeunes générations. Son leadership, son talent et son engagement envers le futsal font de lui un acteur majeur de ce sport.
SITES INTERNET PERTINENTS
- Plongez au cœur de l’actualité du futsal sur Media Futsal : mediafutsal.com
- Vivez les émotions du JIMBEE Cartagena avec Souheil Mouhoudine : https://jimbeecartagena.com/
- Soutenez l’équipe de France de futsal dans sa quête de sommets : https://www.fff.fr/20-equipe-de-france-futsal/index.html

Je suis Entrepreneur dans la création digitale, Copywriter et ancien joueur, entraîneur de futsal passionné.
Avec Media Futsal, je veux révolutionner la manière dont ce sport est perçu et pratiqué.
Ce qui nous distingue ? Que vous soyez joueur, entraîneur ou simple passionné, vous trouverez ici tout pour vous inspirer et progresser.
Rejoignez la communauté dès maintenant et Ensemble, donnons au futsal la visibilité qu’il mérite !

Comments